Le bilan culturel d’octobre

Me revoilà après quelques temps d’absence – examens blancs, concours et obligations diverses obligent, je risque de ne pas pouvoir maintenir un rythme aussi élevé qu’en début d’année, mais je vais essayer. Et si moi je reviens, le mois d’octobre a lui, pour le coup, bien filé. À peine le temps de profiter de l’été indien et des jolies couleurs des feuilles mortes que voilà le mois de novembre. Alors, que retient-on du mois d’octobre ? Eh bien, énormément de choses : le mois a été très riche en découvertes culturelles ! C’est parti pour vous parler de tout cela.

  • Pour les lecteurs

COUVERTURE LA PRESIDENTE 452X294.inddLa Présidente, François Durpaire et Farid Boudjellal  : Je vous disais dans le précédent bilan culturel qu’un de mes regrets était de ne pas avoir eu le temps de lire. Je m’y suis remise ce mois-ci, et parmi mes lectures celle-ci a été particulièrement frappante. Cette bande-dessinée a assez fait parler d’elle, je pense que vous connaissez le scénario mais pour rappel, il s’agit d’une politique-fiction imaginant ce qui adviendrait dans le cas où Marine Le Pen serait élue aux élections présidentielles de 2017. L’espoir est encore permis que ce ne sera pas le cas, même si la possibilité de sa présence au second tour n’a plus rien de grotesque. C’est sans aucun doute cette proximité avec la réalité qui fait le plus froid dans le dos à la lecture de l’ouvrage. Celui-ci offre un aperçu qui paraît assez réaliste de ce que serait une France aux mains du Front National : immigration, économie, mise à distance des médias, tout y passe. Le trait de Farid Boudjellal, froid et réaliste, est susceptible de déplaire mais il a l’avantage de reproduire de façon fidèle les visages et attitudes des diverses personnalités évoquées, et de mettre en avant les dialogues et l’histoire plutôt que de fixer l’attention sur le dessin. Autre point positif de cette BD, elle est très bien documentée, particulièrement en ce qui concerne le programme du Front National, dont de nombreux extraits sont reproduits. Assez épais, le livre n’en est pas moins prenant et enrichissant au vu du contexte politique actuel – le plus terrifiant étant que sur certains points, on pourrait même penser que les auteurs n’ont pas vu assez radical. Un regret cependant : la fin un peu abracadabrantesque et précipitée, qui fait tâche par rapport au reste du scénario. Malgré cela, cette BD reste un bon livre à découvrir, faire découvrir (ou encore mieux, les deux !) pour se rappeler l’importance de l’échéance présidentielle qui approche. Editions les Arènes, 140p, 20euros.

  • Pour les mélomanes

julien-dore-publie-aujourd-hui-son-nouvel&, Julien Doré. Après LØVE (2013), Julien Doré revient avec un quatrième album encore une fois assez intimiste, plutôt loin de l’exubérance de ses débuts. En 13 titres empreints de douceur et de nostalgie, le chanteur nous emmène dans un univers délicat et très personnel. Comme toujours, les paroles laissent parfois un peu pantois et ont l’air de faire sens principalement pour leur auteur (« D’un air triste // Tu es parti pour l’orage // Palmier fixe » dans Corail, par exemple) – mais dans l’ensemble, on se laisse porter par ces chansons qui ressemblent presque à des berceuses. Un peu déçue pour ma part par le premier single de l’album, Le Lac ; mention spéciale en revanche pour Moonlight Serenade et Sublime et Silence, qui ont tout de même le défaut de rester un peu trop en tête. Album sorti le 14 octobre, 15e ou en écoute libre sur Spotify. 

Canadian singer and poet Leonard Cohen iYou Want It Darker, Leonard Cohen. Deux ans après Popular Problems, Leonard Cohen est de retour, et quel plaisir ! Pas de tournée prévue cette fois-ci – l’artiste se dit trop fatigué -, il faudra se contenter de l’album, mais quel album ! Le chanteur canadien a fait plus simple que dans ses derniers opus, en limitant notamment le recours aux choeurs (toujours bien présents ceci dit, on ne se refait pas). L’ensemble est sombre et fait la part belle aux sujets de prédilection de Cohen – la religion et la mort. Des paroles d’une poésie absolue, une musicalité très agréable et toujours la voix reconnaissable entre toutes du chanteur : autant d’ingrédients qui ont fait et continuent de faire la réussite de l’artiste. Ce dernier album est assez sombre et sonne presque comme un au revoir (« I’m ready, my Lord« , affirme-t-il dans le premier titre, You Want It Darker). Espérons quand même que nous le garderons encore un peu avec nous, et savourons ces titres très réussis. Album sorti le 21 octobre, 17e ou en écoute libre sur Spotify.

  • Pour les cinéphiles :

Comme le mois dernier, j’ai visionné beaucoup de films en octobre. Côté sorties récentes, j’ai fait un tour du côté des salles de cinéma à deux reprises ; je n’ai pas été déçue.

captain_fantasticCaptain Fantastic, de Matt Ross, avec Viggo Mortensen. Pour tout avouer, c’est en premier lieu l’affiche qui m’a attirée – colorée, verdoyante, dans l’ensemble assez joyeuse, elle ressortait agréablement dans l’univers plutôt morose du métro parisien à l’heure de pointe. Puis j’ai lu le pitch, regardé la bande annonce, et mon envie de découvrir ce film a grandi : Captain Fantastic, c’est l’histoire d’un père de famille qui a élevé ses enfants dans la forêt, le plus loin possible de la civilisation moderne et selon des valeurs selon lui essentielles, mais qui entrent en contradiction avec la majeure partie de la société : le rejet de la consommation de masse, la lecture assidue d’auteurs bien spécifiques (Noam Chomsky est érigé en véritable héros du personnage principal), une vie aussi proche de la nature que possible… A la mort de sa femme, il décide de se rendre avec ses enfants aux obsèques de celle-ci, et ce contre l’avis de sa belle-famille qui menace de lui retirer les enfants afin de leur faire intégrer la société. Sous couvert d’une fable mettant l’accent sur le personnage extravagant (ou peut-être pas tant que ça) du père, le film dénonce la pression portée par la société pour que chacun rentre dans le rang et met en lumière l’impossibilité et l’utopie qu’il y a à vouloir vivre aujourd’hui en rupture avec le reste de la société – quand bien même on serait actif et cultivé. Captain Fantastic est donc un film qui fait sourire mais aussi réfléchir, et est finalement d’une extrême lucidité. Pour ne rien gâcher, les images sont belles et la BO réussie : on passe un vrai bon moment, sans se ramollir le cerveau pour autant. 1h58, en salles depuis le 12 octobre.

248495Moi, Daniel Blake, de Ken Loach, avec Dave Johns, Hayley Squires… Ici, le sujet est bien plus sombre et si certains échanges et passages font sourire, ce n’est certainement pas le but principal du film. L’histoire est celle, au Royaume-Uni, d’un ouvrier qui se voit interdire de travailler suite à un arrêt cardiaque et doit recourir à l’aide social. Il est pourtant déclaré apte par un organisme privé et entre alors dans le labyrinthe administratif des aides sociales, à l’occasion de quoi sa vie il croise le chemin d’une mère célibataire de deux enfants qui peine à joindre les deux bouts. Le film est sombre, dénonce les situations absurdes auxquelles doivent faire face des demandeurs d’aides dans un système de plus en plus déshumanisé, et pointe du doigt la lâcheté de certains agents sociaux qui se cachent derrière les procédures en place pour ne pas avoir à affronter la misère humaine. Tout cela fait malheureusement écho à une situation bien réelle, et on ne ressort pas de la salle spécialement enjoué. Mais le jeu des acteurs est très juste, la mise en scène brute, et malgré le fond évidemment assez peu enthousiasmant, une note d’espoir reste présente à travers la solidarité dont font preuve les protagonistes. A noter : le film a obtenu cette année la Palme d’Or lors du Festival de Cannes. 1h40, en salles depuis le 26 octobre.

  • Pour sortir :

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Le Petit Journal Saint-Michel : Haut lieu du jazz, ce club ne paie pas de mine de prime abord. Pourtant, une fois entrés et installés dans la salle en sous-sol, quelle ambiance ! Je m’y suis rendue à l’occasion du festival Jazz sur Seine, qui avait lieu du 7 au 21 octobre – mais rassurez vous, au Petit Journal (pas celui de Canal +, vous l’aurez compris), les concerts ont lieu tous les soirs à partir de 21h15. La salle est assez exigüe et extrêmement remplie – ce qui n’empêche pas la patronne de débusquer toujours plus de places pour faire face à l’afflux ! Pour les amateurs de jazz, c’est là un incontournable pour boire un verre en musique ou même s’attabler autour de plats typiques de bistrot (escargots de Bourgogne, rognons de veau, confit de canard et pommes grenailles, tarte tatin…). On y passe une soirée très agréable – et petit plus, les étudiants bénéficient d’un tarif réduit. Plus d’infos.

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Une balade dans le quartier de la Butte-aux-Cailles : ce quartier est situé tout près de ma fac, et je n’y avais pourtant jamais mis les pieds. Grave erreur ! Un petit coin de campagne en plein Paris, à deux pas de la place d’Italie et du métro Glacière. Le jour où je m’y suis rendue, il y avait un grand soleil et un vide-grenier avait lieu, ce qui n’a fait que renforcer mon impression d’avoir été catapultée hors de la ville. On passe au milieu de petites maisons aux poutres apparentes, on croise des passages envahis de végétation et un peu cachés, et on dépasse de nombreux bars et cafés qui semblent tous très accueillants. Les amateurs de street-art y trouveront aussi leur compte, puisqu’au détour de chaque rue ou presque on tombe nez-à-nez avec des pièces murales très réussies (et quelques tags ratés aussi, mais comme partout). Une promenade extrêmement sympa à faire, seul ou à plusieurs, pour prendre un petit bol d’air et s’éloigner du bruit et de la frénésie parisiens.

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