Expliquer la période 1944-1947, au Mémorial de la Shoah

Après avoir visité avec légèreté Lisbonne, retour à un sujet un peu plus sombre. Il y a des choses, des lieux, qu’il est bon de visiter régulièrement même s’ils ne nous mettent pas particulièrement en joie. C’est le cas, je pense, du Mémorial de la Shoah à Paris. Si on n’y a pas accès, faire son devoir de mémoire d’une autre façon (lecture, réflexions intérieures) fonctionne tout aussi bien, mais puisque je n’habite pas si loin du Mémorial, autant en profiter. Je n’y avais été qu’une fois, à l’école primaire, et je me souviens avoir été profondément marquée par le Mur des noms qui attend le visiteur à l’entrée, marquée aussi par une histoire que je ne comprenais pas encore très bien mais dont je sentais déjà qu’elle était horrifiante. Bref, lorsque je me suis rendue compte que je n’y étais pas retournée depuis cette expérience, j’ai décidé qu’il était grand temps d’y aller. Même si je savais que je n’en ressortirais pas spécialement enjouée.En-dehors de son exposition permanente, le Mémorial propose toujours plusieurs expositions temporaires qui éclairent différents pans de la Shoah, de la Seconde Guerre mondiale ou de l’après-guerre. Puisque j’avais encore en mémoire l’exposition permanente (qu’il faudrait tout de même que je retourne voir), je me suis tournée vers l’expo temporaire « Après la Shoah : Rescapés, réfugiés, survivants (1944-1947) » – le musée propose aussi, en ce moment, une exposition sur les femmes en résistance. C’est une période que je connais finalement assez peu, du moins prise sous cet angle : la Libération soit, l’évacuation des camps d’accord, mais j’avoue que pour le reste, j’avais les idées relativement vagues avant d’aller visiter l’exposition. Direction donc le Mémorial de la Shoah, dans le IVème arrondissement. Premières impressions en arrivant : les mêmes que lors de ma première visite. Voir s’étaler, sur de grandes stèles blanches, les près de 80.000 noms de juifs français déportés, est absolument atterrant. On n’a pas besoin de cela pour saisir l’horreur de ce qui s’est produit, mais en avoir une manifestation concrète et matérielle sous les yeux impose une compréhension brutale de la chose. Violente.

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Le mur des noms

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L’exposition en elle-même est déjà plus porteuse d’espoir. Il s’agit de « suivre les différentes étapes que vont vivre les Juifs rescapés ou survivants (…) vers une reconstruction » (fascicule de l’exposition). Les livres d’histoire ont tendance à faire une ellipse, passant de la libération des camps par les Américains et les Soviétiques en 1944-45 jusqu’à la création de l’Etat d’Israël en 1948. Par cette exposition, le Mémorial de la Shoah rectifie le tir et explique comment les survivants du génocide ont peu à peu repris le chemin vers une vie normalisée. Si vous choisissez de vous y rendre, ce n’est donc pas à une exposition qui met en avant le visuel que vous assisterez, mais plutôt à un parcours axé sur la lecture de récapitulatifs historiques et la présentation de documents d’archives. Pas de panique ceci dit ! Quand on se rend à une exposition ce n’est généralement pas pour avoir l’impression de revivre ses cours d’histoire des années d’études (que vous êtes d’ailleurs susceptibles de vivre en ce moment même, comme c’est mon cas), et « Après la Shoah » ne tombe pas dans l’écueil du « tout-doctrinaire », du savoir prodigué en flot dense et discontinu. Au contraire, il s’agit d’un parcours très pédagogique : nombreuses infographies, rappels historiques mais relativement brefs. Surtout, l’exposition est très richement documentée en archives reposant sur des supports variés et organisés thématiquement : films, diaporamas, objets (un exemple de carte d’identité portant la mention « victime du fascisme » par exemple, délivrées aux rescapés des camps à l’issue de la guerre), documents papier ou fichiers audio… On n’est donc pas assommé par la masse d’information délivrée puisque notre concentration est sollicitée de différentes façons.

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Et malgré la richesse du contenu, l’exposition reste relativement courte : comptez 45 minutes pour lire attentivement les panneaux et observer les documents, un peu plus si vous souhaitez regarder dans leur intégralité toutes les séquences filmées proposées. Certes, on ne ressort pas enchanté du parcours : même si la période choisie est moins sombre que celle qui l’a précédée, cela reste un moment de transition entraîné par des évènements indicibles, chargé d’incertitudes mais aussi de tabous et de non-dits, de refus de chacun de prendre ses responsabilités qui n’ont fait que compliquer un peu plus le processus de réinsertion dans une société profondément heurtée par la guerre. Malgré tout, les archives sont présentées de telle sorte qu’on garde tout de même un fond d’espoir pour l’humanité : après un bref rappel des évènements de 1939-1945, l’explication des difficultés auxquelles font face les rescapés et survivants pour retrouver un endroit stable, on passe par des thèmes portant sur l’aide et l’entraide dans les communautés juives, leur retour à la vie, avant de finir par la question de la justice et enfin le devoir de mémoire. Une grosse partie de l’exposition porte ainsi sur les associations internationales qui ont fourni une aide précieuse (comme le Joint, aux Etats-Unis, qui a par la suite ouvert des filiales en France notamment) et l’organisation sociale comme moyen de faire face et retrouver un emploi, des loisirs… Bref, on finit sur une note de solidarité plutôt que d’horreur, et dans un tel concentré d’histoire et de cruauté, ça fait du bien.

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Dessins et lettres d’enfants juifs près la guerre

Si vous avez envie de vous rafraîchir la mémoire sur la façon dont la communauté juive a vécu la période 1944-1947, direction donc le Mémorial de la Shoah. Pour la détente et la légèreté, vous pourrez toujours aller au cinéma une autre fois – c’est chouette aussi, mais je crois qu’en ces périodes troublées, le devoir de mémoire est quand même important.

Jusqu’au 30 octobre 2016, entrée libre. Plus d’informations.

 

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